La coupe des plumes chez les oiseaux
La coupe des plumes est un acte très demandé par les propriétaires d'oiseaux. Bien que simple à réaliser, la technique doit être scrupuleusement respectée et elle présente quelques variantes en fonction des espèces concernées.
L'opération d'éjointage (ou ablation chirurgicale d'une partie de l'aile) étant considérée aujourd'hui comme une mutilation et interdite par la loi, de nombreux propriétaires souhaitent néanmoins empêcher leurs oiseaux de voler sans recourir à des techniques chirurgicales irréversibles. La coupe des rémiges primaires répond à cette attente. Souvent effectuée par les éleveurs, les vendeurs en animalerie, voire par les propriétaires, elle correspond en principe à un acte simple. Elle doit cependant être exécutée avec méthode et précision, pour être efficace et non mutilante pour l'oiseau.
Pourquoi effectuer la coupe des plumes?
- elle permet de pouvoir laisser l'oiseau en liberté dans la maison ou l'appartement sans qu'il ne s'échappe ou qu'il se blesse en heurtant des obstacles (vitres, miroirs,..). Il est rappelé à ce sujet qu'un oiseau ne voit pas le verre et peut de ce fait facilement heurter en vol une vitre ou une paroi de verre, avec des conséquences parfois mortelles.
- le but est d'avoir un oiseau incapable de voler, mais qui conserve la capacité d'amortir sa chute pour ne pas se blesser.
- la coupe des plumes autorise un contact plus étroit avec les oiseaux craintifs ou mal socialisés (c'est le cas notamment des Gris d'Afrique adultes importés). De ce fait, elle peut faciliter l'apprivoisement.
- en volière, elle est essentiellement utilisée pour handicaper les déplacements de certains mâles trop assidus et permettre aux femelles de leur échapper. Cette technique est ainsi couramment mise en oeuvre chez les cacatoès à huppe jaune (Cacatua galerita) pour faire échec aux « mâles tueurs ».
Dans la grande majorité des cas, la coupe des rémiges concerne les oiseaux de compagnie, essentiellement les Psittacidés.
Quand effectuer la coupe ?
- uniquement sur des oiseaux sachant déjà voler et atterrir, afin de limiter les risques de blessure. Ceci est particulièrement important pour les Gris d'Afrique qui ont besoin d'une phase d'apprentissage pour coordonner les mouvements de leurs ailes
- certains auteurs préconisent une coupe très précoce pour habituer les oiseaux à ces manipulations. Nous n'y sommes pas favorables.
La technique
Matériel
- de préférence un coupe-ongle ou une pince. Eviter les ciseaux qui procurent une coupe moins nette. Les mors des coupe-ongles sont plus faciles à positionner et ils glissent moins sur le calamus que les ciseaux. Les risques de blessure lors de mouvement intempestifs sont moindres avec une pince ou un coupe-ongle.
- un matériel hémostatique doit toujours être à portée de main (thermocautère, bistouri électrique, crayon hémostatique,...) en cas d'hémorragie.
Contention
- deux personne sont nécessaires : l'opérateur et un aide chargé de la contention. Il est souvent préférable que le propriétaire ne tienne pas lui-même son oiseau et ceci pour deux raisons :
. il craint souvent de le tenir trop fermement et peut le lâcher en cours d'intervention
. l'oiseau peut associer l'intervention à son maître, ce qui n'est pas souhaitable
- l'intervention s'effectue sur l'oiseau vigile, elle est totalement indolore. Néanmoins une anesthésie « flash » gazeuse à l'isoflurane est conseillée sur les oiseaux très stressés ou agressifs, elle permet aussi au vétérinaire de pouvoir intervenir seul.
- il est important de ne pas se laisser impressionner par les cris des grands perroquets (aras, cacatoès, amazones, gris d'Afrique, ...) et de réaliser dans le calme et le silence une contention la plus rapide possible
- la contention s'effectue de préférence avec une serviette type serviette éponge de grande taille.
Positionnement de l'oiseau
- l'oiseau est placé sur le dos, l'aide maintient la tête d'une main (par les faces latérales de la tête) et plaque les ailes et les pattes contre le corps avec l'autre main
- la première aile sur laquelle on intervient est dépliée (alors que l'autre aile est maintenue plaquée contre le corps). Pour cela elle est saisie à pleine main au niveau du radius /cubitus. La prise doit être ferme tout en gardant une certaine souplesse en cas de mouvements violents ou intempestifs de l'oiseau. Les oiseaux dociles ou de plus petite taille peuvent bénéficier d'une contention plus légère.
La coupe
- l'intervention consiste à sectionner dans un premier temps les 4 premières rémiges primaires de chaque aile. Il est fondamental d'intervenir au niveau des deux ailes, et de façon symétrique.
- la section s'effectue plume par plume après repérage du calamus
- bien s'assurer à chaque section qu'aucune plume de couverture n'est prise dans les mors de la pince
- les rémiges sont coupées sous les plumes de couverture (grandes couvertures alaires) ou à la limite de celles-ci. En tout état de cause, la section sous les premières barbes doit être cachée par les plumes de couverture.
- après section bilatérale, un essai de vol dans une pièce fermée est effectué. Pour provoquer l'envol, on installe l'oiseau sur sa main, son bras ou sur un perchoir portatif que l'on abaisse rapidement. Cet essai est réalisé au-dessus d'un tapis ou d'une moquette pour amortir un atterrissage éventuellement brutal. Il est rappelé que le but est d'avoir un oiseau incapable de voler, mais qui conserve la capacité d'amortir sa chute pour ne pas se blesser.
- si le résultat est insuffisant, on sectionne une rémige de plus de chaque côté et on procède à un nouvel essai de vol. On peut renouveler l'intervention sur les plumes suivantes jusqu'à obtention d'un résultat satisfaisant. L'oiseau ne doit pas être rendu à son propriétaire sans avoir vérifier son incapacité de voler.
- le nombre de rémiges à sectionner (au niveau de chaque aile) varie selon les espèces et l'état d'embonpoint des oiseaux. Il est en moyenne de :
. aras : 5
. Gris d'Afrique : 5 à 7. La technique décrite ici allie efficacité et esthétique : elle met en valeur les plumes rouges de la queue
. amazones : 4 à 5.Les amazones captives présentent souvent une surcharge graisseuse importante, ce qui les alourdit et neutralise le vol. Le nombre de rémiges à sectionner est de ce fait généralement faible.
. perruches ondulées : 6
. callopsittes : 6 à 8
- une variante, que nous utilisons, consiste à laisser la première rémige (la plus externe) chez les grands perroquets pour des raisons esthétiques. L'oiseau semble moins mutilé.
- la fréquence de l'intervention est variable selon l'état du plumage lors de la première coupe. Un oiseau ayant des rémiges sur le point de tomber récupère sa faculté de voler en quelques semaines. Si l'oiseau vient de terminer sa mue, l'intervention est à renouveler 6 à 9 mois plus tard.
- la découverte de plumes de repousse doit être signalée par le vétérinaire au propriétaire qui devra rapporter son oiseau quelques semaines plus tard pour les sectionner. Dans cette attente, l'oiseau doit être considéré comme potentiellement « volant ». Afin de protéger les plumes en croissance des traumatismes, les calamus des rémiges adjacentes doivent être laissés plus longs.
- le renouvellement des plumes doit être surveillé entre deux interventions.
A ne pas faire !
- intervenir au niveau d'une seule aile. Une telle intervention est à proscrire, car elle déstabilise l'oiseau et compromet l'équilibre en vol. L'oiseau chute en tournoyant et peut se blesser gravement.
- couper « en aveugle » en une fois toutes les rémiges, car on risque de sectionner malencontreusement une plume de repousse et provoquer une hémorragie.
- arracher les plumes au lieu de les couper. On provoque une repousse des plumes de remplacement en quelques semaines
- couper les plumes des ailes des amazones jusqu'aux plumes rouges (« coupe jusqu'au rouge »). Cette idée, très fréquente dans le milieu de l'élevage, entraîne des coupes excessives.
- certains auteurs préconisent de laisser les trois premières rémiges, mais cette méthode manque de fiabilité, elle n'empêche pas le vol chez certains oiseaux bons voiliers (les callopsittes) et elle peut être à l'origine de blessures : les trois plumes isolées à l'extrémité de l'aile peuvent se prendre entre les barreaux de la cage.
Les complications
- des coupes exagérées ou unilatérales peuvent être à l'origine de chutes brutales causes de fracture du bec, de fractures des membres ou de plaies sternales
- la coupe malencontreuse d'une plume de repousse entraîne une hémorragie, facile à juguler pour le vétérinaire.
- une section peu nette (au ciseau ou avec une pince émoussée) écrase le calamus et expose au picage. Il en est de même pour les coupes trop longues.
Docteur Didier BOUSSARIE
Pour Guarouba.com
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